1979 – John Wayne, le dernier des géants

Il y a 40 ans, le 11 juin 1979 disparaissait John Wayne. Surnommé « The Duke », l’acteur américain était devenu la référence du cow-boy solitaire dans les westerns.

Etudiant timide détestant les armes à feu, Marion Michael Morrisson devint John Wayne par hasard. Et l’Amérique se mit à lui ressembler.

Mars 1966. La jungle de Chu-Lai, au Vietnam. Zone de combat. A la demande du ministère de la Guerre, John Wayne fait une tournée d’encouragement sur le front. 50° de chaleur humide. Wayne attrape une inflammation oculaire. Emmené à l’hôpital, il est placé sous surveillance médicale dans le seul lit libre, en section de neuropsychiatrie. Son voisin, un soldat choqué, le regarde silencieusement. L’acteur se présente : « Je m’appelle John Wayne. Le pays est fier de toi, mon garçon ». Rire hystérique du soldat, qui appelle une infirmière : « Ce type est fou ! Il se prend pour John Wayne! ».

Jeune homme timide

L’histoire, sans doute, est trop belle pour être vraie, elle est pourtant révélatrice. A Chu-Lai, John Wayne a rencontré John Wayne : l’acteur, le mythe. Côté mythe : un cow-boy braillard et soûlard, fort en gueule et en poings, une démarche inimitable, une ganache fasciste, un Irlandais mâtiné de Texan.

Côté acteur : un comédien hors pair, discret, professionnel, vilipendé par les critiques new-yorkais (« Il ne joue pas, il est John Wayne »), et profondément amer jusqu’à son Oscar, en 1970. Il est vrai que 200 films et 700 millions de dollars de recettes méritent bien une petite récompense hollywoodienne…

A priori, pourtant, rien ne destinait Marion Michael Morrisson, jeune homme timide, aux feux de la rampe : il n’y avait qu’un seul cinéma dans la ville de Winterset (2 907 âmes), dans l’Iowa, où Marion Michael naquit le 26 mai 1907. Un père alcoolique, une mère dévouée : on se croirait déjà dans un film de John Ford.

Sauf que John Wayne, alors, ne savait pas monter à cheval, détestait les armes à feu, n’avait jamais vu de cow-boy, était intimidé par les jeunes filles, allait à l’université pour devenir avocat et jouait au football américain. Entre-temps, il allait au cinéma admirer Rudolph Valentino dans Les Quatre Cavaliers de l’Apocalypse (qu’il vit quatorze fois en une semaine !).

Faisant mille petits métiers pendant les vacances scolaires, il rencontra en 1927, dans les studios de la Fox (où il était pour quelques semaines accessoiriste), un réalisateur presque célèbre, John Ford. Qui, gros fumeur de pipe, détestait en fumer de neuves. Il confia au jeune Marion la tâche importante de les culotter. « J’étais bien payé », dira plus tard Wayne. Deux ans après, nouvelle rencontre à la Fox : cette fois, occupé à filmer l’aventure d’un sous-marin en perdition, Ford chargea Wayne, toujours accessoiriste, de donner l’illusion qu’on était sous l’eau. Une seule solution : souffler des bulles dans un aquarium placé devant la caméra.

Peut-être y a-t-il un signe prémonitoire dans ces deux anecdotes. S’il y en a un, il a échappé à Wayne. Qui continua à jouer dans son équipe de football favorite.

La légende veut qu’une épaule démise ait mis fin à sa carrière de sportif de choc et que sa démarche (« Tu marches comme une folle », lui disait William Wellman) lui valut d’être engagé par Raoul Walsh, pour La Piste des géants (1930), le premier western en 70 mm (alors dénommé « Grandeur Screen »). La vérité est plutôt que le football, c’est bien, mais que le cinéma c’est mieux. Et que Marion Michael Morrisson dut à sa voix d’être choisi : en 1930, la question était d’importance… Après avoir failli s’appeler Anthony Wayne (« trop italien »), Tony Wayne (« trop féminin »), John Wayne fut engagé à 75 dollars par semaine. C’était, paradoxalement, (presque) la fin de sa carrière.

Car, après des débuts dans une superproduction, aucun studio ne voulait courir le risque d’avoir à payer une superstar. Et, pendant dix ans, Wayne fut réduit à tourner des films de deux sous dont les titres, à eux seuls, résument l’intrigue : Les hommes sont comme ça (1931), L’Or hanté (1932), Texas Cyclone (1932), Vas-y cow-boy ! (1933)…

La chance de La Rivière rouge

Enfin, en 1939, il tourne La Chevauchée fantastique sous la direction de John Ford. Chance : c’est un chef d’oeuvre. Il a 32 ans : pour les réalisateurs en quête de visages nouveaux, c’est un « vieux »·

A force de ténacité, de travail, Wayne, alors, se forge un métier : entre 1940 et 1947, il tourne avec Marlene Dietrich, Joan Blondell, Paulette Goddard, Joan Crawford, Jean Arthur, Claudette Colbert. Sous la direction de Raoul Walsh, Edward Dmytryk, Jules Dassin, Cecil B. De Mille. Entre deux films il vote Roosevelt.

Les comédiens soutiennent qu’il existe un dieu des comédiens, comme les alcooliques prétendent qu’il y a un génie des alcooliques : Wayne étant devenu l’un et l’autre (toute sa vie, il a bu au moins une bouteille de whisky par jour), il devait finalement bénéficier d’une double chance : elle se présenta sous la forme d’un double refus, celui de Gary Cooper et Cary Grant, pour les rôles principaux de La Rivière rouge (1948), de Howard Hawks. Le film fut encore un chef d’oeuvre : Wayne devenait enfin star. A partir de 1950, il figure en tête des listes du box-office.

L’argent ne fait pas, dit-on, le bonheur : Wayne, devenu riche, tenta de faire le bonheur des autres. En devenant président de l’Association de préservation des idéaux américains et en se lançant dans la production. On connaît le résultat : des discours fracassants par leur conservatisme (qui trouvèrent leur prolongement dans Les Bérets verts, en 1968), et un échec colossal, Alamo. Et, peu à peu, la maladie s’installe : le cancer (Wayne fumait entre quatre et six paquets de cigarettes pendant le tournage d’Alamo, puis deux paquets par jour, par la suite).

Le reste appartient à la légende dorée de Hollywood : Wayne dans L’Homme tranquille (1952), Wayne en Gengis Khan (1956), Wayne dans La Prisonnière du désert (probablement son plus beau film. 1956). Wayne dans Rio Bravo (1959). Wayne en centurion romain dans La Plus Grande Histoire jamais contée (1965)…

Mais la légende de Hollywood passe sous silence le véritable personnage que fut Wayne : infiniment plus sensible que l’image monolithique qu’il laisse. Cultivé, écologiste, Morrisson était l’envers de Wayne. Entre deux plans, l’acteur s’adonnait à une passion bien silencieuse pour un westerner : le jeu d’échecs. Quant à l’humour, il en avait, ainsi qu’en témoignent ses nombreuses déclarations à l’emporte-pièce (voir ci-dessous). En 1969, violemment attaqué par un journal estudiantin, il fit son entrée à la tête d’une colonne de tanks sur le campus de Harvard. Panique. Vite apaisée lorsque l’acteur se mit à distribuer des bouteilles de bourbon aux étudiants, entamant une discussion politique qui se prolongea jusqu’à l’aube. Quand il reçut son Oscar, infiniment touché, Wayne, pour cacher son émotion, déclara qu’il le devait au bandeau sur l’oeil du personnage de Cent Dollars pour un shérif : « Si j’avais su, j’aurais mis un bandeau il y a trente-cinq ans ».

L’acteur est sans doute parti, aujourd’hui, dans une diligence vers Paradise City, où John Ford, depuis quelques années déjà, continue à siroter son cognac en tétant un mégot de cigare. Ils referont certainement un film ensemble (ils en ont fait dix-huit). Mais Ford a un avantage : il a déjà un bandeau sur l’oeil.

Enfin, en 1939, il tourne La Chevauchée fantastique sous la direction de John Ford. Chance : c’est un chef d’oeuvre. Il a 32 ans : pour les réalisateurs en quête de visages nouveaux, c’est un « vieux »·

A force de ténacité, de travail, Wayne, alors, se forge un métier : entre 1940 et 1947, il tourne avec Marlene Dietrich, Joan Blondell, Paulette Goddard, Joan Crawford, Jean Arthur, Claudette Colbert. Sous la direction de Raoul Walsh, Edward Dmytryk, Jules Dassin, Cecil B. De Mille. Entre deux films il vote Roosevelt.

Les comédiens soutiennent qu’il existe un dieu des comédiens, comme les alcooliques prétendent qu’il y a un génie des alcooliques : Wayne étant devenu l’un et l’autre (toute sa vie, il a bu au moins une bouteille de whisky par jour), il devait finalement bénéficier d’une double chance : elle se présenta sous la forme d’un double refus, celui de Gary Cooper et Cary Grant, pour les rôles principaux de La Rivière rouge (1948), de Howard Hawks. Le film fut encore un chef d’oeuvre : Wayne devenait enfin star. A partir de 1950, il figure en tête des listes du box-office.

L’argent ne fait pas, dit-on, le bonheur : Wayne, devenu riche, tenta de faire le bonheur des autres. En devenant président de l’Association de préservation des idéaux américains et en se lançant dans la production. On connaît le résultat : des discours fracassants par leur conservatisme (qui trouvèrent leur prolongement dans Les Bérets verts, en 1968), et un échec colossal, Alamo. Et, peu à peu, la maladie s’installe : le cancer (Wayne fumait entre quatre et six paquets de cigarettes pendant le tournage d’Alamo, puis deux paquets par jour, par la suite).

Le reste appartient à la légende dorée de Hollywood : Wayne dans L’Homme tranquille (1952), Wayne en Gengis Khan (1956), Wayne dans La Prisonnière du désert (probablement son plus beau film. 1956). Wayne dans Rio Bravo (1959). Wayne en centurion romain dans La Plus Grande Histoire jamais contée (1965)…

Mais la légende de Hollywood passe sous silence le véritable personnage que fut Wayne : infiniment plus sensible que l’image monolithique qu’il laisse. Cultivé, écologiste, Morrisson était l’envers de Wayne. Entre deux plans, l’acteur s’adonnait à une passion bien silencieuse pour un westerner : le jeu d’échecs. Quant à l’humour, il en avait, ainsi qu’en témoignent ses nombreuses déclarations à l’emporte-pièce (voir ci-dessous). En 1969, violemment attaqué par un journal estudiantin, il fit son entrée à la tête d’une colonne de tanks sur le campus de Harvard. Panique. Vite apaisée lorsque l’acteur se mit à distribuer des bouteilles de bourbon aux étudiants, entamant une discussion politique qui se prolongea jusqu’à l’aube. Quand il reçut son Oscar, infiniment touché, Wayne, pour cacher son émotion, déclara qu’il le devait au bandeau sur l’oeil du personnage de Cent Dollars pour un shérif : « Si j’avais su, j’aurais mis un bandeau il y a trente-cinq ans ».

L’acteur est sans doute parti, aujourd’hui, dans une diligence vers Paradise City, où John Ford, depuis quelques années déjà, continue à siroter son cognac en tétant un mégot de cigare. Ils referont certainement un film ensemble (ils en ont fait dix-huit). Mais Ford a un avantage : il a déjà un bandeau sur l’oeil.

John Wayne a dit

Sur le communisme : « Ce qui est terrible, c’est que, si nous suivons l’évolution actuelle, nous deviendrons communistes et perdrons alors nos deux voitures et notre garage » (1965).

Pendant le tournage de son dernier film : « Aujourd’hui, on fait du cinéma avec de la violence et des scènes de nu. Je suis trop vieux pour jouer nu » (1976).

Pendant une fête de Playboy, costumé en bunny : « Je préfère qu’on se moque de moi en costume de lapin qu’en costume de Démocrate » (1972).

Sur son métier : « Je ne suis pas un acteur, mais un réacteur ».

Sur la mort : « Je hais les funérailles solennelles ! Quand je mourrai, incinérez-moi. Rassemblez-vous, buvez quelques verres et amusez-vous en racontant le bon vieux temps » (1970).

Source l’express

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