GOG Galaxy veut regrouper PC et consoles en un même launcher, mais ça fonctionne comment ?

Dans un monde où le marché PC se retrouve de plus en plus fragmenté par les dizaines de plateformes propriétaires imposées par les éditeurs pour acheter et lancer les jeux, il peut être compliqué de s’y retrouver pour un joueur régulier simplement désireux de profiter pleinement d’une ludothèque touffue. Installer quinze launchers, synchroniser les listes d’amis, savoir qui a l’exclusivité de tel ou tel jeu – l’offre PC n’a jamais été aussi complexe à appréhender pour un nouveau venu. En bon samaritains du dimanche, les petits gars de GOG se sont donc dits il y a un petit mois qu’ils allaient retaper leur plateforme GOG Galaxy dans une version 2.0, censée regrouper « tous vos jeux et tous vos amis dans un même endroit ». La promesse est belle. Les poches pleines d’interrogations, nous avons profité de l’E3 pour voir tourner le bestiau et interroger ses créateurs afin d’éclaircir les quelques zones d’ombres.

Avant d’embrayer sur un format FAQ non dénué d’une certaine détente, il peut être de bon ton de contextualiser les circonstances de notre rencontre avec la nouvelle version de GOG Galaxy, dont la bêta publique est prévue pour les prochains mois. L’application est déjà utilisée par une poignée de bêta-testeurs triés sur le volet et semble déjà proposer certaines fonctionnalités de base, lesquelles nous ont été présentées en direct lors d’une conversation avec le Managing Director de Good Old Games, Piotr Karwowski. Nous étions le seul média présent dans la pièce, l’application tournait en temps réel sur son ordinateur personnel et Piotr était accompagné d’un attaché de presse. Après avoir allumé son PC et lancé GOG Galaxy pour nous montrer cette nouvelle version dans une démonstration live assez balisée, il a pris une bonne quinzaine de minutes pour répondre à nos questions et n’hésitait pour le coup pas à cliquer là où on lui demandait de cliquer. Notre délicate mission, s’il en est, consistait donc à savoir ce qui relevait de l’esbrouffe et à identifier ce dont était véritablement capable l’outil.

Une heure de rendez-vous plus tard, on a essayé de retranscrire nos impressions et les choses que nous avons pu constater dans un format questions/réponses le plus clair possible. Attention, il ne s’agit pas d’une interview : les questions et réponses que vous lirez ici sont les nôtres, craftées à la main à partir de ce que nous avons pu observer et entendre aujourd’hui.

 

 

La promesse de base de GOG Galaxy, c’est quoi ?

Galaxy 2.0 est la refonte (graphique et fonctionnelle) de la plateforme dématérialisée de GOG, jusqu’à présent utilisée pour télécharger et lancer les jeux achetés sur leur boutique. Constatant la fragmentation actuelle du marché PC, les développeurs de chez Good Old Games ont donc décidé de retaper leur outil de fond en comble pour permettre aux joueurs de « réunir toutes leurs librairies en une seule et connecter tous leurs amis peu importe la plateforme« . Un launcher pour les gouverner tous, comme dirait l’autre. La liste précise des fonctionnalités promises est affichée sur cette page, mais on parlerait en gros d’une plateforme capable de traquer jeux, succès, amis, heures de jeu, actualités, sauvegardes et données utilisateurs en une seule et même application.

Notons aussi que parmi les fonctionnalités promises, GOG évoque la présence de jeux PlayStation 4 et Xbox One dans nos bibliothèques Galaxy.

Et plus concrètement, ça fonctionne comment ?

Tout bêtement, le logiciel va chercher des informations dans les API de Steam, Origin, Uplay ou consorts et les réinterprète pour les mettre en forme dans différentes pages : une section blibliothèque pour accéder à tous ses jeux, une section Activités pour voir ce que font nos amis (succès débloqués, temps de jeu, « Pipomantis a débloqué 25% des succès de Slay the Spire »…) ou encore créer des classements entre amis basés sur le temps de jeu, la complétion des succès. Ce sont des données assez simples à récupérer pour peu que les joueurs ne les rendent pas privées, et c’est la raison pour laquelle on a vu apparaître autant d’agrégateur de données comme SteamSpy, Steam Database, Steam Playtime et des dizaines d’autres ces dernières années.

On lance Galaxy, on y connecte la plateforme dont on veut voir les jeux et pouf, ils apparaissent comme par magie dans le logiciel de GOG. C’est aussi simple que ça, et ça fonctionne déjà très bien.

Pour lancer des jeux, les autres launchers doivent bien être lancés en arrière-plan ?

Oui. Effectuer la moindre action via Galaxy (login, message, lancement d’un jeu…) envoie une commande aux launchers correspondants, qui continuent de tourner en tâche de fond. Ça prend des ressources mais c’est comme ça, GOG n’a pas vraiment d’autre choix et doit se contenter d’agir comme un agrégateur de plateformes, une sorte d’intermédiaire digital comme peut l’être Playnite.

Mais du coup, on doit renseigner ses identifiants (pseudo/mot de passe) pour laisser Galaxy traquer nos données sur chaque plateforme ? C’est respectueux de mes données ça, au moins ?

C’est la grosse inquiétude, oui. Piotr était tout content de nous montrer comment lier une plateforme à GOG Galaxy à travers un menu Connect très simple d’utilisation mais dans les faits, c’est inévitable : il faut bien entrer chacun de ses mots de passe sur Galaxy pour lui permettre de trifouiller les API correspondants et recueillir nos statistiques. On nous a assuré avec la plus grande conviction du monde que GOG était une entreprise soucieuse des problématiques liées à la RGPD et respectueuse des données de ses utilisateurs, qu’elle n’ira jamais consulter en dehors des besoins liés à Galaxy. Ces données seraient apparemment cryptées sur leurs serveurs et lorsque l’on choisit de déconnecter une plateforme (Steam, Uplay, Origin…) de Galaxy, le logiciel ferait entièrement disparaître toutes nos traces de ses serveurs. Pas de question de trafic, de revente ou de compromission de données personnelles mais si les utilisateurs s’y connectent, GOG détiendrait dans tous les cas plusieurs millions de dollars d’informations personnelles. Jamais personne n’aura le moyen de vérifier le fonctionnement précis de la plateforme et la véracité de ces promesses, aussi faudra-t-il s’en tenir à leur bonne parole. « Il faut que vous nous fassiez confiance là-dessus« , nous expliquait Piotr.

 

Ça risque de faire beaucoup de jeux, non ? On s’y retrouve comment ?

Ça fait beaucoup de jeux, oui. La catégorie « tous les jeux » peut vite s’allonger à plusieurs centaines voire milliers de jeux pour peu que vous soyez un acheteur compulsif. Galaxy propose de trier tout ça dans des bibliothèques personnalisées, d’y poser des filtres ou des tags (installés, multijoueur, par genres…) et même de créer ses propres sous-catégories pour y coller tout et n’importe quoi. La barre latérale est entièrement personnalisable grâce à du cliquer-déposer et les jeux peuvent être marqués d’un signet pour faciliter les recherches.

La petite idée appréciable, c’est la possibilité de créer des librairies dynamiques qui se transfèrent automatiquement d’un PC à l’autre, même avec des jeux non installés si ça nous chante. On peut par exemple créer une catégorie à partir d’une recherche « Star Wars » dans nos jeux installés, qui se mettra automatiquement à jour à chaque jeu acheté, ou même créer une catégorie exclusivement réservée aux jeux achetés récemment mais non installés, pour par exemple retrouver ces « jeux à faire prochainement » qu’on ne lancera de toute façon jamais.

Cetains utilisateurs bossent déjà sur des plugins à implémenter à Galaxy, comme la possibilité d’y intégrer directement un chat Discord, des bibliothèques iTunes ou même de streamer ses jeux Xbox vers un Mac. Les premiers mods commencent déjà à fleurir sur GitHub.

On nous promet une liste d’amis commune et la possibilité de chatter via Galaxy avec des gens de n’importe quelle plateforme. Quelle est donc cette sorcellerie ?

Effectivement, c’est possible. C’est le même principe que pour les autres fonctionnalités. Galaxy centralise toutes les fonctionnalités, et centralise également son chat. Il est par exemple possible d’envoyer directement des messages à des amis sur Steam et Origin à travers le chat de Galaxy et pour les autres plateformes, le logiciel s’arrange sans doute pour ouvrir des fenêtres de discussion fantômes qu’il n’affiche pas mais retranscrit dans celui de GOG. On a évidemment demandé si c’était également valable pour Galaxy vers consoles et on nous a répondu : « c’est possible en théorie, mais pas encore implémenté ».

Côté personnalisation visuelle, ça donne quoi ?

Si la plateforme de base arbore une esthétique assez minimaliste et des couleurs assez chaudes, notamment dans les arrière-plans qui s’adaptent à chacun des jeux, il sera possible de personnaliser l’affichage des jeux comme c’est le cas sur Steam : listes, jaquettes avec réglette de taille, colonnes à activer ou désactiver… À terme, GOG envisage de laisser les utilisateurs créer eux-mêmes leurs skins en modifiant le code source du logiciel pour jouer avec l’affichage des blocs, leur position, la police, l’overlay en jeu, les couleurs et d’autres paramètres.

On trouve par contre déjà une fonctionnalité très appréciable pour les amoureux de la bidouille : la possibilité de changer manuellement l’arrière-plan, le titre, la jaquette et les images miniatures de chacun des jeux ajoutés à la plateforme. Ça peut s’avérer assez utile pour les exécutables non reconnus par Galaxy, ou simplement pour mettre Nicolas Cage en couverture de tous ses jeux.

Intégrer des jeux consoles à un launcher PC, c’est sérieusement possible ça ?

C’est le même principe que sur PC : on entre ses identifiants, et Galaxy ira récupérer les données utilisateur que Microsoft et Sony veulent bien partager. Les bibliothèques, notamment, mais aussi le temps de jeu, les succès ou les listes d’amis. C’est tout à fait possible et même plutôt simple à partir du moment où la plateforme dispose des identifiants de l’utilisateur. Une fois ceux-ci renseignés, les jeux PS4 et Xbox One se mêlent aux jeux PC dans nos bibliothèques.

On peut lancer ses jeux PS4 et Xbox One depuis un PC ?

Non. Et vue la grimace que ce bon Piotr a tiré quand on lui a demandé si ce sera possible un jour, on doute de voir arriver cette fonctionnalité. Mais qui sait, peut-être que cela sera rendu plus simple par des services de cloud gaming. Pour l’heure, ce n’est simplement pas d’actualité.

 

En l’état, GOG Galaxy fonctionne très bien. La démonstration du logiciel et la discussion avec l’un des représentants du studio nous ont rassurées sur certaines zones d’ombres qui pouvaient exister après l’annonce, et on se trouve aujourd’hui face à une bêta assez engageante, qui permet bel et bien de réunir tous ses jeux PC sous un seul et même toit. Étant personnellement agacé par le fastidieux processus d’alterner entre quinze launchers différents et de devoir fouiller mon disque dur à la recherche des vieux titres qui trainent en version DRM-free, c’est un outil que je me verrais bien utiliser pour centraliser tout ça. Mais tout cela a un prix : il faut accepter d’envoyer toutes ses données, ses mots de passe et ses informations personnelles à un tiers, qui sera par la suite libre d’en faire ce qu’il veut. En cas de piratage des serveurs, nous voilà dans de beaux draps.

La sortie de Galaxy 2.0 est prévue pour 2019, une bêta publique devrait démarrer cet été.

 

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Une réflexion sur “GOG Galaxy veut regrouper PC et consoles en un même launcher, mais ça fonctionne comment ?

  1. Jouant sur tout les supports, je trouve cette idée très intéressante. Sur PC j’utilisais un launcher qui regroupait déjà tout mes jeux PC, screenshots et Playtime : Xfire, puis Playfire puis Raptr qui ont tous fermés l’un après l’autre. Les deux derniers récupéraient d’ailleurs les jeux+playtime sur Playstation et Xbox, puis les entrées manuelle pour les autres plateformes rétro-gaming. L’idée me plaît de faire de GOG une bibliothèque centrale, pas juste parce que CD Projekt a une très bonne réputation, mais aussi parce que ça m’éviterait la loose d’acheter par erreur plusieurs fois le même jeu sur des plateformes différentes (smiley qui pleure)

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